Inde Kérala

Séjour Inde 2015

Il ne faut rien attendre de l’Inde” nous dit Cécile Doherty dans son article sur le Palais savant…Une autre connaissance et grande experte archéologue de l’Inde me disait un jour par téléphone “l’Inde ça s’apprend”, chaque séjour est différent et apporte quelque chose de nouveau et je suis bien d’accord avec ces affirmations.

Je suis arrivée en Inde cette année pour une toute nouvelle expérience : 13 jours intenses qui m’ont permis de découvrir de nouvelles saveurs, de nouveaux paysages, de nouvelles musiques. Mais aussi et surtout de faire de nouvelles rencontres.

Kérala Nord et Sud

Le Kérala c’est un lieu un peu sacré pour moi. Un lieu plein d’histoire et de passion pour la fanatique d’épices que je suis.

Pour ceux qui ne connaissent pas le Kérala, c’est un état au sud ouest de l’Inde un peu à part en ce qui concerne le développement (moins d’analphabétisation, moins de pauvreté, des conditions d’hygiène meilleures). On y parle une langue magnifique qui s’appelle le Malayalam (voir écriture ci-dessous)

Les religions se côtoient pacifiquement avec une dominance chrétienne vers Cochin et Musulmane au Nord (Kannur, Calicut). Il y a de nombreuses manifestations religieuses en Janvier, Février. C’est aussi la haute saison touristique (contrairement à l’été qui est la saison de la mousson).

Nous avons eu la chance de participer à la célébration de Ganesh dans un temple hindou proche de Calicut. Magnifique cérémonie pleine de couleurs et de joie…Et nous sommes allées dans l’église de Palai où soeur Alphonsa fut la première femme canonisée en Inde par le pape Jean Paul II pour sa lutte contre la pauvreté alors qu’elle était elle-même très malade.

Partout au Kérala, les gens portent encore les habits traditionnels…

  • Femmes : saris blancs faits à partir d’un tissu unique de 6,5m avec un liseré doré pour les cérémonies, saris colorés en deux parties avec caleçons colorés pour tous les jours,

Et nous nous sommes mises aux couleurs locales…

  • Hommes: Dohti blancs et chemises blanches pour les cérémonies et colorés pour les autres jours. Les tenues traditionnelles sont faites sur-mesure.

Un peu d’histoire….

Au 3ème siècle avant JC, les grecs et romains faisaient déjà du commerce d’épices avec le Kérala suivis au Moyen Age par les arabes et les perses. En 1498, c’est ce qui pousse Vasco de Gama à arriver proche de Calicut et construire la première forteresse portugaise à Kochi (Cochin). Les Hollandais et les Anglais s’établiront ensuite.

Culture d’épices et autres cultures

Les épices, longue histoire mouvementée….

Elles ont été objets de convoitise extrême, notamment le poivre. D’abord choisies pour leur pouvoir de conservation des aliments, les épices sont vite devenues signe de richesses. Elles ont souvent été la source des grands événements marquants de l’histoire du Kérala.

Le poivre est la principale ressource du Kérala (95% de la production indienne!!). C’est à mon avis un des meilleurs poivres du monde. Nous avons eu la chance de découvrir lors de la Seed Fest organisée par le Fair trade alliance Kérala et la société de notre partenaire Tommy de nombreuses espèces de poivriers anciens qui donnent des poivres très différents en aspect et en goût. Ce poivre est très concurrencé sur le marché par le poivre Vietnamien et Malaisien. Les poivres importés de qualité moyenne voire mauvaise inondent le marché local et tirent le prix du marché vers le bas. Les agriculteurs perdent beaucoup d’argent à cause de cette spéculation sauvage vietnamienne !!!

Les épices sont présentes dans tous les jardins du Kérala du sud (Poivre, cardamome, muscade, piments…) et du Nord (Poivres de souches anciennes, curcuma, gingembre, piments, clous de girofle…).

La cardamome est exceptionnelle, des gousses très vertes remplies de graines. Le gingembre et la cannelle ont un parfum délicieux. J’ai même découvert des sortes de gingembre que je ne connaissais pas.comme le mango ginger ou aam adrak, une espèce entre le gingembre et le curcuma. Les noix de muscade sont avec les malaisiennes les plus douces avec un parfum délicieux.

Une immersion dans la ferme d’Alex et une visite approfondie de la Seed Fest nous ont fait découvrir plein d’épices et des manières de les cultiver et les transformer propres à cette région. Je me suis formée à la culture d’épices “à l’Indienne” 

On cultive également beaucoup de riz, de fruits, de café, de thé, de noix de cajou et de latex dans cette région de l’Inde. La noix de coco reste la culture principale. Elle est utilisée pour son huile, la pulpe en cuisine et le coco est utilisé pour tresser des cordes, paillages, etc..

La Seed Fest 2015

Un petit mot sur cette grande manifestation regroupant les agriculteurs de tous les districts du Kérala. L’objectif : discuter de sujets sensibles tels que la préservation des semences et espèces anciennes, la reconnaissance du travail des femmes, le soutien à l’agriculture paysanne, la biodiversité.

Nous avons suivi des conférences très intéressantes et j’ai eu la chance de pouvoir échanger avec une des plus grandes figures politiques d’Inde : l’activiste Medha Patkar qui lutte contre la pauvreté et pour la protection de l’environnement en Inde. Nous avons également pu rencontrer de nombreux agriculteurs et découvrir une diversité de plantes méconnues. Bien sûr c’est parfois compliqué quand on ne parle pas le Malayam…

Même si la tradition persiste dans cette région d’Inde on voit malheureusement apparaître les plats cuisinés industriels dans les villes et les jeunes désertent les campagnes et les fermes pour travailler dans les villes dans l’informatique principalement. Certaines personnes partent aussi à Abu Dhabi et Dubaï pour “faire de l’argent” et renvoyer les sous dans les campagnes où beaucoup de personnes vivent de petits travaux comme cueillir des noix de coco, cueillette (payés 50 roupies/arbre).

Parlons-en un peu de la cuisine Kéralaise…

Je voudrais pouvoir partager avec vous les odeurs et saveurs de cette cuisine indienne que personnellement j’adore….Voici quelques conseils pour bien démarrer…

Régle N°1: Manger avec les doigts dans les restaurants locaux

Il faut goûter absolument goûter aux spécialités locales avec les mains dans les petits restaurants où l’on sert un plat unique. Eviter comme partout les restaurants des grands hôtels où la chaîne du froid a du mal a être respectée.

Les indiens ne mangent qu’avec la main droite et ont une manière bien particulière de faire des boules avec le riz et les currys qu’ils mangent avec des Naans frais. Après une semaine on savait bien manger avec les mains, ce qui est d’ailleurs très agréable et secouer notre tête “à l’indienne”.

Régle N°2 : Utiliser les bons ingrédients

Impossible de faire de la bonne cuisine Kéralaise sans les ingrédients suivants :

  • Feuilles de Cari : le plus important et le plus difficile à trouver en France
  • Ail, Petits oignons rouges, petits piments jaunes, verts ou rouges
  • Garam Massala en poudre (mélange de cardamome, cannelle, clous de girofle, graines de fenouil)
  • Huile de coco à Gogo !!! Si vous décidez de vous mettre à la cuisine indienne, il va falloir acheter de l’huile de coco en quantité. Dans le Kérala, ils amènent leurs noix de coco au moulin et récupèrent leur huile fraîche.

Régle N°3 : Etre initiés par les meilleures cuisinières

Et oui, ça c’est une grande chance, à chaque voyage des cuisiniers et cuisinières me livrent avec passion leurs secrets de famille. Cette année j’ai pris une décision : regrouper tout ce savoir d’Inde et d’ailleurs dans un joli livre…

Règle N°4 : Se lancer et Savourer….

  • Fish, chicken ou veggies Curry
  • Biryani,
  • Rice sous toutes ses formes,
  • Naan,Roti, Chapati

Savourez des yeux en attendant…

Energie et soins

Vous avez souvent imaginé l’Inde comme le pays de la sérénité, de la méditation, des ashrams….Et quand vous allez arriver au milieu des klaxons, du bruit, de l’agitation, ça va vous donner l’impression de vous réveiller d’une sieste au milieu d’une fanfare. C’est sûr, le Kérala c’est un peu plus calme que le reste du pays. mais l’arrivée est toujours différente des images qu’on avait dans la tête. J’ai pu le vérifier cette année encore avec Fabienne qui découvrait l’Inde pour la première fois. Lorsque vous aurez commencé votre vrai travail de lâcher prise (un traitement ayurvédique ou une plongée dans les chants indiens peuvent vous y aider), alors vous allez faire entrer en vous un calme et une joie toutes nouvelles qu’on appelle sérénité en France. Ça c’est une expérience personnelle mais l’énergie de l’Inde est bien particulière et c’est pas pour rien que le yoga, l’Ayurvéda, la méditation nous viennent de ce pays.

Nous n’aurions pas assez d’une vie pour explorer l’Inde..

Il y aurait tellement d’autres choses à vous raconter sur ce voyage, les fruits, les mariages arrangés, les sourires sincères tout au long du parcours qui vous remplissent le coeur, les couleurs des tissages, les affiches de pub qui dénaturent le paysage, les plages où les gens ne se baignent qu’habillés, les musiques entêtantes et magiques, les rizières, les danses Kathakali, les colliers de fleurs de jasmin mais il faudrait un temps infini. Je vous conseille de vous lancer, de partir découvrir le Kérala et si vous n’en avez pas les moyens, sachez que je vais organiser une conférence avec deux autres personnes pour raconter à 3 voix et cinq sens nos expériences de l’Inde…

Qu'en pensez-vous ?