3 Regards sur Sao Tomé et Principe

Séjour São Tomé & Principe 2015

Trois regards différents sur un même lieu.

En Novembre 2015, nous sommes partis à trois pour faire une expérience absolument inédite pour chacun de nous : démarrer le tournage d’un film documentaire sur les coulisses de la production de poivre dans un pays très particulier et avec une langue portugaise/créole et autres dialectes…

Pour Romain de l’Ecotais et Damien Miloch, la découverte d’un pays. Pour moi, la découverte d’un métier, d’un savoir-faire, le métier de producteur de film…J’ai demandé à mes deux co-voyageurs de me raconter leur aventure en quelques lignes. Vous observerez tout de suite la poésie en mots du journaliste et celle en images du cameraman.Qua nt à moi, j’ai découvert l’extraordinaire complexité de faire un film.

D’où est venue cette idée saugrenue de film?

D’abord une discussion avec un photographe Patrick Evesque puis une vidéaste Andréa Haug, l’idée du film a mûri petit à petit.  J’avais envie de faire comprendre au plus grand nombre ce que je raconte en petit comité au café découvertes.  Mais avec les images et sons en plus…

Je croise un jour Romain dans un repas de famille. Il me montre ce qu’il fait, il me parle de ce qu’il aime, de ce qu’il souhaite faire, de sa sensibilité et son engagement et quelques RDVs plus tard, on décide de tenter l’aventure, ensemble. Pas demain ou après demain, non tout de suite, maintenant. Le RDV est pris pour l’automne 2015

D’un point de vue matériel, nous avions un équipement toute dernière génération avec drone, steadycam, objectifs divers dont certains prêtés par Canon. Plein de matériel veut dire 20kg en permanence sur le dos de Romain, un temps d’installation pour chaque équipement très long et des suppléments de bagage coûteux.

D’un point de vue scénario, un film de 25-30mn nécessite pas mal de réflexion. Quel objectif, message, quel public, quels soutiens financiers, quelle ambiance.

D’un point de vue tournage, j’ai eu la chance de tomber sur une équipe top. J’avais beaucoup entendu parler de l’indélicatesse de certains producteurs, de leur côté “toi tu te mets là et tu dis ça”. Damien et Romain n’ont rien à voir avec ça. Et puis, notre chance est qu’à Sao Tomé, toutes les personnes que nous avons filmé oubliaient très vite la caméra. L’avantage de ne pas avoir la télé dans toutes les maisons, c’est que beaucoup n’imaginent pas ce que ça peut donner ensuite. Nos “perso” (en langage “film” ça veut dire : les personnages principaux du film) africains ont été authentiques et émouvants. Espérons qu’il en sera de même pour l’Inde.

Dernier point que j’ai découvert :  l’importance du lieu de tournage, la lumière, les sons…Romain passe beaucoup de temps à choisir le bon éclairage, le bon lieu, les couleurs, les profondeurs…etc  et à Sao Tomé ça n’a pas été simple car le temps change tout le temps, nuageux, pluvieux, ensoleillé…

Un film, c’est donc une vraie aventure. D’ailleurs je ne regarde plus les reportages de la même façon. J’ai été très émue de voir quelques images déjà montées par Romain. Je suis sûre que nous aurons de très belles choses à vous montrer !!!

Nous partons en Inde en Janvier 2016 avec Romain pour continuer l’aventure…suite au prochain épisode…

Romain de L’écotais, filmmaker

Je m’amuse souvent à me projeter dans la vie locale des pays qui ne sont pas le mien, sans chercher à analyser mais uniquement à sentir ou plus exactement à ressentir. La vie à Sao Tomé & Principe m’est apparue brute et simple. L’énergie que l’on y trouve prend source dans une nature luxuriante qui ne demande qu’a donner à ceux qui s’en donnent la dure peine. Le bonheur en quelque sorte pour la vie que j’aime imaginer à l’extérieur de mon cocon marseillais. Les nuages et le soleil se côtoient et s’allient pour créer une lumière irréelle dans laquelle j’emmènerai volontiers mon clan!

Damien Miloch, reporter, journaliste

Une journée à Sao Tome débute quand le soleil décide de se lever, accompagné par le chant désordonné de coqs mal réveillés. Les nuages semblent  eux aussi engourdis par la moiteur de la nuit. Ils paressent le long des cimes. On entend le bruissement du vent, le reflux de l’Océan et on observe les cocotiers se balancer délicatement. Sao Tome ouvre les yeux mais « leve-leve », comme on dit ici : « doucement-doucement ».

La lumière change constamment. Le ciel s’amuse à se draper de gris éclatant, de noir menaçant ou de bleu aveuglant. Sous ce ciel, l’Ôbo, la foret dense qui recouvre l’archipel, joue elle aussi avec les nuances. Apparaît alors une palette de vert, parfois cachée derrière une brume légère. Sur la route, les crabes de terre frénétiques évitent les roues des voitures, les chiens maigres errent sur le bitume chaud et quelques rapaces flânent au dessus du littoral. Les vagues viennent terminer leur long périple en douceur dans la baie, ou sur les épaves de navires couchés, écrasés par le soleil.

Dans la ville, les femmes parlent fort. Les hommes au bar aussi. On boit de la bière « nacional » locale ou de la Super Bock portugaise pour mieux tricher à la bisca. Les rires ponctuent la plupart des discussions. Le 1er contact paraît parfois méfiant, mais dès le « bom dia » prononcé, un pouce en l’air ou un sourire est renvoyé. A midi, le centre ville grouille gentiment. Beaucoup de motos, de voitures retapées, de taxi jaunes, ou de femmes à pied, de la vaisselle, du poisson ou du linge posés sur la tête. Ce dernier part au lavage de rivière et sèche ensuite à même le sol, sur l’herbe ou la terre, ornant les bords de route d’une mosaïque colorée.

Quelques touches blanches apparaissent parfois : des touristes semblant un peu perdus, qui observent le bal des voiles sur l’horizon. Les pêcheurs reviennent du large en prao (pirogue), parfois agrémentée d’une voile triangulaire. Sur le sable, les mareyeuses attendent la marchandise, pour ensuite aller la vendre sur les marchés. Dans les terres, on cultive le café, le poivre et surtout le cacao. Le pays est un producteur légendaire de cet or noir. Sous le joug colonial portugais, d’immenses plantations sont apparues. On les appelle ici les « roças ». L’exploitation de la main-d’œuvre y était brutale. L’esclavage aboli, le travail forcé a surgi. Les colons sont partis. Les roças sont restées, à l’abandon, hagards, pliant sous le poids de l’histoire et de la « chuva », cette pluie lourde et incessante qui malmène l’île chaque jour.

Malgré la pauvreté qui frappe l’œil de l’occidental, Les Santoméens vivent, vendent, marchandent, cultivent, prient, bricolent, conduisent, jouent ou se déplacent avec un air presque détaché. Comme si tout cela n’était pas bien grave. Une certaine nonchalance en osmose avec l’environnement qui les entoure. Les courbes sinueuses des jeunes femmes semblent avoir été façonnées par cette cadence.  Les corps des hommes, eux, taillés à coup de serpe, rappellent l’âpreté des conditions de travail.

Le soir tombe sur les « îles du milieu du monde ». On se réunit alors autour d’une table. On s’apprête à diner avec ses amis… et le son saturé de la télé. Un grand Calulu apparait, avec des bananes frites, du riz, du fruit à pain, du manioc et de l’huile de palme bien grasse. On dévore le plat sans vraiment parler. On reprend encore une bière fraîche et un gros morceau de poisson rutilant. On s’éteint doucement tout en mangeant. La nuit et ses doigts ouatés viennent vous chercher,  les vagues au loin caressent les rochers…

Il est temps de se coucher dans les bras de Sao Tome.

 

Qu'en pensez-vous ?

  1. La description donne bien l’ambiance! Ca réchauffe les jours de neige. On a hâte de voir la suite. Jean Pierre et Marieck

  2. J’ai découvert Sao Tomé grâce aux récits de Caroline. Quelques photos et visites à la boutique plus tard, les billets étaient achetés. Nous revenons de 10 jours là-bas, et je confirme : un pays magnifique, des gens attachants, une ambiance unique…pas touristique du tout, plages désertes…Merci Caro !!